Qui viendra défendre la théorie hygiéniste ? Pas cette étude en tout cas...

lundi 6 février 2006 par Dr Hervé Couteaux1572 visites

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Qui viendra défendre la théorie hygiéniste ? Pas cette étude en tout cas...

Qui viendra défendre la théorie hygiéniste ? Pas cette étude en tout cas...

lundi 6 février 2006, par Dr Hervé Couteaux

« Tu te souviens de l’hypothèse hygiéniste, ce vieux truc des années 90 qui supposait un effet protecteur aux infections répétées de la petite enfance ? Ben non, je dois dire que j’avais complètement oublié ... Et pourtant, certains y croyaient dur comme fer à l’époque ! »

Les infections récurrentes des voies respiratoires hautes de l’enfant ne réduisent pas le risque de survenue d’une maladie atopique à l’âge adulte. : W. A. F. Balemans*, M. M. Rovers, A. G. M. Schilder§, E. A. M. Sanders¶, J. L. L. Kimpen, G. A. Zielhuis and C. K. van der Ent*

*Department of Paediatric Respiratory Medicine, Wilhelmina Children’s Hospital, University Medical Centre Utrecht, Utrecht, The Netherlands, Julius Centre for Health Sciences and Primary Care, University Medical Centre Utrecht, Utrecht, The Netherlands, §Department of Otorhinolaryngology, ¶Department of Immunology and Rheumatology, Department of Paediatrics, Wilhelmina Children’s Hospital, University Medical Centre Utrecht, Utrecht, The Netherlands and Department of Epidemiology and Biostatistics, University Medical Centre Nijmegen, Nijmegen, The Netherlands

dans Clinical & Experimental Allergy 36 (2), 198-203

- Contexte :

  • Les enfants de familles nombreuses et ceux qui reçoivent des soins quotidiens ont un risque augmenté d’infections du tractus respiratoire qui par ailleurs peuvent protéger contre le développement de maladies allergiques.
  • Les études longitudinales explorant ces associations par delà l’enfance sont cependant rares.

- Objectif :

  • Explorer l’association entre les infections récurrentes des voies respiratoires hautes de l’enfant (URTI = Upper Respiratory Tract Infections) et la survenue d’un asthme, d’une rhinite allergique (AR) ou d’un eczéma à l’âge adulte.

- Méthodes :

  • Une cohorte de naissance de 1055 membres suivis prospectivement de l’âge de 2 ans à 21 ans.
  • Des informations détaillées sur les URTI entre 2 et 4 ans ont été collectées tous les 3 mois au cours d’un entretien standardisé.
  • A 8 ans, un questionnaire parental sur les URTI survenues entre 4 et 8 ans a été utilisé.
  • L’incidence de l’asthme et des maladies atopiques à l’âge de 21 ans a été déterminée par un questionnaire standardisé.

- Résultats :

  • Au sein de la cohorte originelle, 693 (66%) membres ont complété le questionnaire.
  • Les enfants ayant présenté des URTI avant l’âge de 2 ans, entre 2 et 4 ans et entre 4 et 8 ans ne présentaient pas moins d’asthme à 21 ans que les enfants n’ayant pas présenté d’URTI récurrentes.
  • Risque relatif (RR) de 97% (IC 95% : 0,65-1,46) pour le premier groupe ; RR de 1,45 (IC 95 % : 2,21) pour le deuxième groupe et RR de 1,51 (IC : 0,97-2,36) pour le troisième groupe.
  • Les URTI récurrentes n’étaient pas non plus associées à un risque inférieur de rhinite allergique ou d’eczéma à 21 ans.

- Conclusion :

  • Les URTI récurrentes de l’enfance ne réduisent pas le risque de survenue de maladie atopique chez le jeune adulte.

La conclusion de cette étude est limpide : les infections récurrentes des voies aériennes supérieures ne réduisent pas le risque de survenue de maladies atopiques chez le jeune adulte.

Selon la théorie hygiéniste, les infections de la petite enfance joueraient un rôle protecteur dans l’apparition ultérieure de maladies allergiques.

Cette notion, très en vogue il y a quelques années, au plus fort de l’hypothèse hygiéniste, se voit battue en brèche très régulièrement par des études de plus en plus nombreuses.

En 2002, Stéphane Guez rapportait déjà sur le site une étude contrecarrant l’hypothèse hygiéniste ; elle s’intéressait plus spécifiquement aux maladies de l’enfance que sont rougeole, rubéole et varicelle.

Une étude canadienne de 2004, rapportée par Alain Tillay, plus générale, retrouvait que les infections des voies respiratoires hautes et basses augmentaient le risque d’asthme.

Dans le JACI, en 2004 toujours, une étude italienne rapportée par Isabelle Bossé, retrouvait un risque accru d’asthme en cas d’infections aiguës tandis que les enfants qui appartenaient à une fratrie importante étaient plutôt protégés dans la survenue d’un asthme.

Rappelons enfin le compte-rendu de la WAC (Munich) par Hervé Masson où un état des lieux sur nos connaissances dans les relations entre infections et allergies était proposé : l’influence des infections bactériennes était variable, notamment selon les caractéristiques du contage et sa chronologie, pour les infections virales, il était rappelé qu’elles favorisaient la persistance de l’hyperréactivité bronchique qui conduit à l’asthme, tandis que peu d’études s’étaient intéressées au rôle éventuel des infections fongiques.

Qui ou quoi viendra défendre hypothèse hygiéniste, décidément mal en point ?