Hospitalisation de jour contre soins à domicile et théorie hygiéniste.

samedi 25 mars 2006 par Dr Alain Thillay2541 visites

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Hospitalisation de jour contre soins à domicile et théorie hygiéniste.

Hospitalisation de jour contre soins à domicile et théorie hygiéniste.

samedi 25 mars 2006, par Dr Alain Thillay

L’hypothèse hygiéniste suggère que les contacts microbiens répétés durant les premières années de la vie auraient un effet protecteur vis-à-vis des maladies allergiques et de l’asthme. En Suède, qu’en est-il des jeunes enfants qui sont traités régulièrement à l’hôpital plutôt qu’à domicile ? Seront-ils mieux protégés ?

Hospitalisation de jour et risque accru de symptômes respiratoires et allergiques à l’âge préscolaire. : L. Hagerhed-Engman1, C.-G. Bornehag1,2,3, J. Sundell3, N. Åberg4

1Department of Building Physics and Indoor Environment, SP Swedish National Testing and Research Institute, Borås, Sweden ; 2Public Health Sciences, Karlstad University, Karlstad, Sweden ; 3Centre for Indoor Environment and Energy, Technical University of Denmark, Lyngby, Denmark ; 4The Sahlgrenska Academy at Göteborg University, Gothenburg, Sweden

dans Allergy 61 (4), 447-453

- Contexte

  • L’impact rapporté du recours à l’hospitalisation de jour sur les symptômes respiratoires et atopiques est variablement apprécié selon les études provenant de différents pays.
  • Considérant l’hypothèse hygiéniste, le recours à l’hospitalisation de jour devrait aboutir à moins de sensibilisations ultérieurement dans la vie, toutefois, la question reste de savoir si le recours à l’hospitalisation et l’exposition aux infections de façon plus fréquente représentent un risque ou une protection à l’encontre des maladies allergiques ou de l’asthme (atopique et non atopique).

- Méthodes

  • Un questionnaire postal, en sections croisées, a été renseigné par les parents de 10 851 enfants, âgés de 1 à 6 ans, en 2000, dans une région de Suède (DBH-phase 1).
  • Le questionnaire s’est concentré sur les symptômes respiratoires et atopiques, l’environnement familial et l’information sur la manière dont les soins sont prodigués aux enfants.

- Résultats

  • On a montré que les enfants traités à l’hôpital ont plus de symptômes que les enfants traités à domicile :
    • OR ajusté (ORA) pour les sifflements dans les douze derniers mois, ORA 1.33 (IC 95% : 1.12-1.58) ;
    • toux nocturne indépendamment des rhino-pharyngites banales dans les douze derniers mois, ORA :1.56 (IC : 1.17-2.07) ;
    • asthme diagnostiqué par un médecin, ORA 1.23 (IC : 0.88-1.71) ;
    • rhinite dans les douze derniers mois, ORA 1 .15 (IC : 0.92-1.44) ;
    • rhume des foins diagnostiqué par un médecin, ORA 1.75 (IC : 0.94-3.23) ;
    • eczéma dans les douze derniers mois, ORA 1.49 (IC : 1.24-1.79) ;
    • réactions allergiques alimentaires, ORA 1.27 (IC : 1.07-1.52) ;
    • plus de 6 épisodes de rhino-pharyngite banale durant les douze derniers mois, ORA 2.57 (IC : 2.12-3.12) ;
    • et l’absence d’otite, ORA 2.14 (IC : 1.87-2.45).
  • Les risques accrus ont été principalement vus et atteints de façon significative dans le groupe des plus jeunes enfants âgés de 1 à 4 ans.
  • L’ajustement et la stratification pour le nombre d’infections des voies aériennes n’ont pas changé le risque lié au recours à l’hospitalisation de jour pour les maladies allergiques.

- Conclusions

  • Le recours à l’hospitalisation de jour était associé à un plus grand risque de symptômes liés aussi bien aux infections des voies aériennes qu’à l’eczéma et qu’aux réactions allergiques alimentaires.
  • Aucun signe de protection vis-à-vis du recours à l’hospitalisation de jour pour les maladies allergiques n’a été trouvé jusqu’à l’âge de 6 ans.
  • Les infections respiratoires multiples et les recours à l’hospitalisation de jour se sont avérés être associés indépendamment à l’asthme et aux symptômes allergiques.

On regrettera peut-être qu’il s’agisse d’une étude rétrospective de questionnaire. Toutefois, on notera que les auteurs ont pu récolter 10851 questionnaires exploitables, ce qui représente un nombre grandement significatif.

Les auteurs partent de l’hypothèse hygiéniste. Puisque les enfants qui sont soignés à l’hôpital, plutôt qu’à domicile, ont beaucoup plus de chances d’être plongés dans un « bain » microbien, ceux-ci devraient être moins souvent atteints, dans le futur, par les maladies allergiques et/ou par l’asthme quelle que soit son étiologie.

Il suffisait alors de déterminer deux groupes, les enfants soignés à domicile et ceux soignés en hospitalisation de jour. Puis, de vérifier pour chacun de ces deux groupes l’apparition des manifestations d’allergie ou d’asthme. Bien sûr, les auteurs ont aussi déterminé des groupes d’âge puisque les enfants concernés étaient âgés de 1 à 6 ans.

Les résultats sont clairs : les enfants traités régulièrement à l’hôpital présentent plus de signes de manifestations d’allergie et d’asthme. Ainsi, cette étude suggère que la théorie hygiéniste est fausse.

En fait, les auteurs sont plus prudents en expliquant que l’hospitalisation de jour n’a pas d’effet protecteur à l’encontre de ces maladies et cela, jusqu’à l’âge de 6 ans.

Bien au contraire, infections respiratoires multiples et séjours répétés en hospitalisation de jour sont associés indépendamment à l’asthme et aux maladies allergiques.

Suite à ces résultats, on peut évoquer que la théorie hygiéniste est fausse ou bien que les enfants atopiques et/ou asthmatiques nécessitent plus souvent le recours à l’hospitalisation de jour, ce qui constituerait un biais.

Enfin, bien que le questionnaire soit orienté aussi sur l’environnement domestique, rien n’est dit à ce propos dans les conclusions ; rien non plus, sur les facteurs sociaux.

Cette étude nous laissera donc sur notre faim, il faudrait connaître les antécédents familiaux concernant les maladies allergiques IgE médiées et l’asthme. Espérons que le texte complet de l’étude apporte plus de renseignements pertinents.