Allez aux fraises, vous en reviendrez !

jeudi 8 juin 2006 par Dr Hervé Couteaux18460 visites

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Allez aux fraises, vous en reviendrez !

Allez aux fraises, vous en reviendrez !

jeudi 8 juin 2006, par Dr Hervé Couteaux

Le mythe de l’allergie aux fraises est solidement ancré chez nos patients. Il s’agit, la plupart du temps, de fausse allergie alimentaire liée au contenu de ce fruit en histamine. Les allergies aux fraises sont rares et peu documentées en regard des allergies aux autres fruits des Rosacées : il était temps de combler cette lacune ...

Rôle des profilines et des protéines de transfert de lipides (LTP) dans l’allergie à la fraise en zone méditerranéenne. : L. Zuidmeer*, E. Salentijn, M. F. Rivas, E. G. Mancebo, R. Asero§, C. I. Matos, K. T. B. Pelgrom, L.J.W.J. Gilissen and R. van Ree*

*Laboratory of Allergy Research, Department of Experimental Immunology, Amsterdam Medical Centre, Amsterdam, The Netherlands, Plant Research International B.V., Wageningen, The Netherlands, Allergy Unit, Fundación Hospital Alcorcón. Madrid, Spain and §Ambulatorio di Allergologia, Clinica San Carlo, Paderno Dugnano (MI), Italy

dans Clinical & Experimental Allergy 36 (5), 666-675

- Contexte :

  • Contrairement aux autres fruits des Rosacées, quelques rares cas seulement de patients avec des réactions adverses aux fraises sont rapportés dans la littérature.

- Objectifs :

  • Identifier les protéines allergéniques dans la fraise.
  • Exprimer et caractériser la LTP de la fraise (rFra a 3).

- Méthodes :

  • Des patients allergiques à la pomme ont été recrutés sur la base de rapports de réactions adverses aux fraises ( n = 28, confirmés par test de provocation à l’aliment en double aveugle contre placebo, DBPCFC) ou sur la base d’IgE réactivité aux LTP ( n = 34 ).
  • La sensibilisation aux allergènes naturels ou recombinants a été établie par RAST, immunoblot (inhibition) et basophile histamine release (BHR).
  • Une librairie cDNA de fraise a été passée en revue pour des gènes homologues à des allergènes de fruits connus.
  • Fra a 3 a été cloné et exprimé par la levure Pichia pastoris, et comparé à la LTP de pêche et de pomme par RAST, immunoblot inhibition et BHR.

- Résultats :

  • Des gênes homologues à Bet v 1, Bet v 6, profiline et LTP ont été identifiés dans une librairie cDNA de fraise.
  • En BHR, rFra a 3 a induit une histamine release à une concentration 100 fois plus forte que la LTP de pêche.
  • Le RAST inhibition a montré une forte réactivité croisée à la LTP de pêche et de pomme, même si l’IgE réactivité était 5 fois plus faible.
  • Sur l’immunoblot, les IgE des patients ont montré des réactivités vis-à-vis d’homologues de Bet v 1, de la profiline, de la LTP et d’une bande de haut poids moléculaire.

- Conclusion :

  • En plus d’homologues de Bet v 1, la fraise contient aussi des profilines et des LTP se liant aux IgE.
  • r Fra a 3 a moins de potentiel allergénique que la LTP de pêche ou de pomme, et constitue, de ce fait, un outil intéressant pour une immunothérapie future.
  • Fra a 3 ne paraît pas avoir de pertinence clinique.

Comme les autres fruits des Rosacées, la fraise contient des allergènes homologues de Bet v 1, des LTP et des profilines.

Le recombinant de la LTP de la fraise a été isolé et caractérisé.

Il ne semble pas être pertinent en clinique, ce qui ouvre des perspectives pour une immunothérapie future.

L’allergie aux fruits des Rosacées peut s’observer dans 3 circonstances distinctes :
- Chez des polliniques au Bouleau, par l’intermédiaire des allergènes homologues de Bet v 1 (syndrome oral le plus souvent).
- Chez des patients réactifs aux LTP (Réactions parfois sévères, classiquement en zone méditerranéenne).
- Via une réactivité aux profilines, survenant le plus souvent chez des patients polliniques, mais pas nécessairement au Bouleau.

La fraise contient des allergènes de ces trois types.

L’appartenance à une famille de protéine n’est pas un critère suffisant d’allergénicité : la LTP de la fraise n’a rien à voir avec celle de la pêche : il faut une concentration 100 fois supérieure pour obtenir une histamine release et l’IgE réactivité est 5 fois plus faible.

Il est probable, même si cela n’a pas été étudié ici, que l’affinité des IgE est elle aussi très faible.

Tout ceci concourt à une pertinence clinique estimée nulle pour la LTP de la fraise.

La sélection des patients a retenu des sujets présentant une réaction clinique à la fraise, objectivée par DBPCFC : il aurait été intéressant de connaître l’allergène (ou les allergènes) précisément en cause.

En l’absence de renseignements, y compris sur la sévérité des réactions observées lors du test de provocation, il est sans doute permis de supposer qu’il s’agit des profilines.

Compte tenu de la gravité habituelle des réactions observées vis-à-vis des LTP, il est évidemment intéressant de disposer d’une LTP peu réactogène, dont il faudra bien entendu vérifier l’immunogénicité dans l’optique d’une utilisation en immunothérapie spécifique.