Rhinite allergique : une enquête téléphonée !

jeudi 11 septembre 2008 par Dr Alain Thillay1313 visites

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Rhinite allergique : une enquête téléphonée !

Rhinite allergique : une enquête téléphonée !

jeudi 11 septembre 2008, par Dr Alain Thillay

Chaque allergologue, jour après jour de sa pratique, s’interroge sur la perception des maladies allergiques dans le grand public et chez ses confrères. Ici, cette enquête téléphonique française permet de mieux cerner la « notoriété » de la rhinite allergique et particulièrement de l’image de l’immunothérapie spécifique.

Enquête sur la rhinite allergique en France auprès des patients et des médecins : perception de la prévalence, de la sévérité des symptômes, de la gestion des soins et de l’immunothérapie spécifique. : P. Demoly 1 , A. Didier 2 , P. Mathelier-Fusade 3 , M. Drouet 4 , M. David 5 , G. Bonnelye 6 , J. de Blic 7 , J. M. Klossek 8

1 Unité d’Exploration des Allergies, INSERM U657 Hôpital Arnaud de Villeneuve, Montpellier ; 2 Service de Pneumologie et d’Allergologie, Hôpital Larrey, Toulouse ; 3 62 Av de la Grande Armée, Paris ; 4 Unité d’Allergologie Générale, CHU Angers ; 5 Laboratoire Stallergènes, Antony ; 6 TNS Healthcare, Montrouge ; 7 Service de Pneumologie, Hôpital Necker, Paris ; 8 CHU Hôpital Jean Bernard, Poitiers, France

dans Allergy
Volume 63 Issue 8, Pages 1008 - 1014

- Rappel des faits :

  • L’immunothérapie spécifique (ITS) est le seul traitement étiologique de la rhinite allergique (RA).
  • Un sondage téléphonique auprès de patients et de médecins français a été effectué pour mieux comprendre les avantages et les inconvénients réels et perçus de cette approche thérapeutique.

- Méthodes :

  • Une cohorte de 453 personnes atteintes de RA a été sélectionnée et interrogée à l’aide d’un questionnaire de score pour la rhinite allergique.
  • L’enquête a évalué le niveau de compréhension de la rhinite allergique et de sa gestion, y compris la pharmacothérapie et l’ITS.
  • Parallèlement, une enquête a été menée chez 400 médecins généralistes, allergologues et spécialistes non allergologues.

- Résultats :

  • Environ 50% des patients avaient entendu parler de l’ITS en tant qu’option thérapeutique.
  • De ce nombre, 56% avaient une opinion positive du l’ITS et 14% une image négative.
  • La majorité des patients et des médecins avait un avis positif de l’ITS associé à la notion d’amélioration du bien-être et de la qualité de vie, tandis que ceux qui avaient un avis négatif estimaient que l’ITS constitue traitement long et incommode avec des résultats incertains.
  • Plus de 50% des patients à qui on a proposé une ITS, ont accepté et environ 60% d’entre eux étaient satisfaits.
  • La mise à disposition future de l’ITS sous forme de comprimés sublinguaux est perçue positivement par les patients et les médecins.

- Conclusions :

  • De nombreux patients atteints de RA ne sont pas conscients de leur pathologie et peu d’entre eux demandent de l’aide auprès des professionnels de la santé.
  • Lorsque les patients prennent des médicaments, ils sont généralement satisfaits de leur traitement, même si ce n’est que symptomatique.
  • Les patients et les médecins voie la notion de guérison définitive comme le principal avantage de l’ITS tandis que le principal inconvénient est la durée du traitement.

Voilà un article fort intéressant réalisé par des auteurs français et publié dans « Allergy ».

Le but était de savoir ce que les patients et les médecins connaissaient de la rhinite allergique, tant du point de vue épidémiologique, symptomatique que thérapeutique. Il s’agissait d’une enquête téléphonique.

Les résultats montrent que parmi les patients qui connaissaient l’ITS, soit 50%, un peu plus de la moitié en avait une image positive et 14% une image négative, ces derniers trouvant comme défaut principal la durée de ce traitement. A noter que 30% n’ont pas d’avis.

Chez les patients à qui ont à proposer une ITS et qui ont accepté de la pratiquer (50%), 60% sont satisfaits. Dans le même temps, ceux qui ne reçoivent qu’un traitement symptomatique sont satisfaits aussi.

Je suis un peu étonné que dans cet échantillon de patients atteints de RA représentatif de la population française, seulement 50% avaient entendu parler de l’ITS. En plus, la moitié la considère négativement. On voit ainsi le chemin à parcourir dans la promotion du seul traitement curatif et étiologique de la rhinite allergique qu’est l’immunothérapie spécifique.

L’ITS souffre du passé, de l’époque des approximations, de notre méconnaissance de l’immunologie, de l’absence de produits standardisés…

Mais l’ITS souffre aussi du présent : les jeunes médecins généralistes sont peu informés des modalités pratiques de la voie injectable, en ont peur et donc n’envoie pas chez l’allergologue.

On pourra arguer qu’il existe la voie sublinguale et c’est bien heureux car elle permet de « rattraper » un bon nombre de patients qui n’accepteraient pas l’injectable.

Toutefois, à mon avis, sa prescription se trouve relativement limitée car réservée, et c’est bien normal, à des allergologues. Là aussi, il reste encore beaucoup à faire pour améliorer la notoriété de l’ITS par voie sublinguale.

Bien sûr, comme indiqué dans les résultats de l’étude, l’arrivée des comprimés sublinguaux va sans doute faciliter les choses.

Les patients qui se contentent d’un traitement symptomatique ont-ils été informés qu’ils s’exposent plus à devenir asthmatiques s’ils ne le sont pas déjà, ont-ils été informés du risque plus grand de voir apparaître de nouvelles IgE réactivités ?

Nous le voyons bien, notre communication n’est pas bonne concernant l’ITS, trop de gens ne la connaissent pas, trop la considère négativement.

Tous les acteurs de la communauté allergologique, société savante, organe de la FMC, syndicats doivent s’intéresser à la communication vers le grand public mais aussi vers les médecins. C’est aussi un moyen de reconnaissance de l’allergologie moderne.