Probiotiques, prébiotiques, synbiotiques : à quelle sauce nourrir nos bambins pour les protéger de l’allergie ?

mercredi 16 février 2011 par Dr Philippe Carré1023 visites

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Probiotiques, prébiotiques, synbiotiques : à quelle sauce nourrir nos bambins pour les protéger de l’allergie ?

Probiotiques, prébiotiques, synbiotiques : à quelle sauce nourrir nos bambins pour les protéger de l’allergie ?

mercredi 16 février 2011, par Dr Philippe Carré

Les synbiotiques préviennent les symptômes de type asthmatique chez les enfants ayant une dermatite atopique. : van der Aa, L. B., van Aalderen, W. M. C., Heymans, H. S. A., Henk Sillevis Smitt, J., Nauta, A. J., Knippels, L. M. J., Ben Amor, K., Sprikkelman, A. B. and the Synbad Study Group (2011),

Synbiotics prevent asthma-like symptoms in infants with atopic dermatitis.

dans Allergy, 66 : 170–177. doi : 10.1111/j.1398-9995.2010.02416.x

- Contexte :

  • Les enfants ayant une dermatite atopique (DA) ont un risque élevé de développer de l’asthme
  • Les auteurs ont étudié l’effet de la mise en place précoce de synbiotiques, une combinaison de probiotiques et de prébiotiques, sur la prévalence des symptômes de type asthmatique chez des enfants ayant une DA.

- Méthodes :

  • Dans une étude multicentrique en double-aveugle contre placebo, 90 enfants ayant une DA, âgés de moins de 7 mois, ont été randomisés pour recevoir une formule hydrolysée de façon extensive comprenant du Bifidobacterium M-16V et un mélange de galacto/fructo oligosaccahrides (Immunofortis°), ou la même formule sans synbiotiques, pendant 12 semaines
  • Au bout d’un an, la prévalence des symptômes respiratoires et l’utilisation de médicaments anti-asthmatiques ont été évaluées en utilisant un questionnaire validé
  • Les taux d’IgE sériques totales et d’IgE spécifiques aux allergènes respiratoires ont été aussi mesurés.

- Résultats :

  • 75 enfants (70.7% de sexe masculin, d’âge moyen 17.3 mois) ont complété l’évaluation au bout d’un an
  • La prévalence de « sifflements fréquents » et de « respiration sifflante et/ou bruyante en dehors de rhumes » était significativement plus basse dans le groupe synbiotique que placebo (13.9% vs 34.2%, réduction du risque absolu RRA -28%, IC 95% -43.3% à -12.5% respectivement)
  • Moins d’enfants dans le groupe synbiotique que dans le groupe placebo avaient commencé à utiliser des médicaments anti-asthmatiques par rapport au début de l’étude (5.6% vs 25.6%, RRA -20.1%, IC 95% -35.7% à -4.5%)
  • Les taux d’IgE totales n’étaient pas différents entre les 2 groupes
  • Aucun enfant dans le groupe synbiotique et 5 enfants (15.2%) dans le groupe placebo ont développé des taux élevés d’IgE vis-à-vis du chat (RRA -15.2%, IC 95% -27.4% à -2.9%).

- Conclusion :

  • Ces résultats suggèrent que le mélange synbiotique prévient la survenue de symptômes de type asthmatique chez les enfants ayant une dermatite atopique.

La DA est souvent la première manifestation de la maladie atopique, avant la survenue de l’asthme et de la rhinite allergique.

Leur prévalence s’est accrue ces dernières années, et l’une des raisons en serait la diminution de l’exposition microbienne conduisant à des modifications de la flore microbiotique intestinale ; il a déjà été montré que cette flore était différente chez les enfants atopiques, et que cette différence précède la sensibilisation et les symptômes cliniques, suggérant une relation causale.

Ainsi une modulation de la flore microbiotique intestinale avec des probiotiques (micro-organismes ayant des effets immuno-modulateurs) ou des prébiotiques (fibres solubles qui ont la particularité de ne pas être digérées par les enzymes, mais de servir de nourriture préférentielle pour les probiotiques) pourrait représenter une nouvelle voie de prévention des maladies allergiques, notamment en modifiant le cours naturel de la maladie atopique en cas de DA infantile.

Les auteurs ont donc mis en place cette étude randomisée contrôlée, chez 75 enfants de 17 mois d’âge moyen ayant une DA, comparant la prise alimentaire d’une combinaison synbiotique (Bifidobacterium M-16V et un mélange de galacto/fructo oligosaccahrides : Immunofortis°) par rapport à une combinaison alimentaire sans synbiotique, pendant 3 mois ; ils ont évalué au bout d’un an la prévalence des symptômes respiratoires et de la consommation de médicaments anti-asthmatiques, ainsi que les taux d’IgE totales et spécifiques aux pneumallergènes.

Les résultats montrent, au bout d’un an, chez les enfants ayant reçu des synbiotiques par rapport au groupe placebo :

  • que la prévalence des symptômes de type asthmatique était significativement plus basse (réduction du risque absolu de 28%)
  • que moins d’enfants avaient commencé à utiliser des médicaments contre l’asthme (baisse du risque absolu de 20%)
  • et qu’aucun enfant n’avait développé de taux élevés d’IgE vis-à-vis du chat ( contre 15.2% dans le groupe placebo).

Cette étude suggère donc que le mélange synbiotique prévient la survenue de symptômes de type asthmatique chez les enfants ayant une dermatite atopique.

Le mécanisme rendant compte de la prévalence plus basse des symptômes dans le groupe synbiotique n’est pas clair :

  • les synbiotiques pourraient agir en diminuant le taux d’infections respiratoires, ce qui n’a pas été le cas dans cette étude
  • ils pourraient diminuer la réponse TH2 et inhiber l’inflammation allergique en induisant la synthèse de cellules T régulatrices, non seulement au niveau intestinal mais aussi au plan systémique
  • leur administration pendant la phase de sensibilisation pourrait entraîner une modulation immune contre certains pneumallergènes et prévenir le développement des manifestations allergiques asthmatiques, alors que l’effet sur les allergies déjà présentes (DA) serait limité ; ceci pourrait expliquer qu’il y ait moins d’enfants sensibilisés au chat dans le groupe synbiotique.

Des études complémentaires, ainsi que le suivi à distance de ces enfants dans les années à venir, permettront de confirmer le rôle préventif éventuel des compléments synbiotiques.