Le sucre n’est pas toujours une friandise…

jeudi 19 mai 2011 par Dr Hervé Couteaux716 visites

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Le sucre n’est pas toujours une friandise…

Le sucre n’est pas toujours une friandise…

jeudi 19 mai 2011, par Dr Hervé Couteaux

Diagnostic erroné d’allergie chez des patients parasités, causé par des anticorps IgE pour l’épitope glucidique galactose-α1 ,3-galactose. : Kurt Arkestål, Elopy Sibanda, Cecilia Thors, Marita Troye-Blomberg, Takafira Mduluza, Rudolf Valenta, Hans Grönlund, Marianne van Hage

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - April 2011 (Vol. 127, Issue 4, Pages 1024-1028, DOI : 10.1016/j.jaci.2011.01.033)

- Contexte :

  • L’épitope carbohydrate galactose-α1,3-galactose (α-Gal) est abondamment exprimé sur les protéines de mammifères non primates.
  • Nous avons récemment montré que les α-Gal sont responsables de la liaison des IgE aux IgA de chat, un allergène du chat nouvellement identifié (Fel d 5).

- Objectifs :

  • Nous avons cherché à étudier la pertinence diagnostique des anticorps IgE pour Fel d 5 et α-Gal chez des patients parasités d’Afrique centrale, sans allergie au chat, par rapport aux patients de la même région ayant une allergie aux chats.

- Méthodes :

  • Les sérums de 47 patients parasités et de 31 patients allergiques au chat ont été analysés pour les IgE totales et les IgE contre un extrait de squames de chat (CDE) avec le système ImmunoCAP.
  • Des tests d’inhibition ont été réalisés avec α-Gal sur phase solide lié à CDE.
  • Les présences d’IgE spécifiques pour l’allergène majeur du chat Fel d 1, pour Fel d 5, et pour α-Gal ont été analysés par ELISA.

- Résultats :

  • Parmi les 47 patients parasités, 85% avaient des anticorps IgE contre les α-Gal (OD ; médiane, 0.175 ; intervalle de 0.102 à 1,466) et 66% par rapport à Fel d 5 (OD ; médiane, 0,13 ; intervalle de 0.103 à 1.285).
  • Vingt-quatre des patients parasités ont été sensibilisés à CDE, et 21 d’entre eux avaient des anticorps IgE pour Fel d 5 et α-Gal.
  • Il n’y avait pas de corrélation entre les taux d’IgE pour CDE et Fel d 1 chez les patients parasités, mais une forte corrélation entre CDE et Fel d 5 et α-Gal (P < 0.001).
  • Parmi le groupe d’allergiques aux chats, seulement 5 patients avaient des IgE pour α-Gal, et près de 75% (n = 23) avaient des IgE pour Fel d 1 (médiane, 7,07 kUA / L ; intervalle de 0,51 à 148,5 kUA / L).
  • En revanche, chez les patients allergiques aux chats, il y avait une corrélation entre les taux d’IgE pour CDE et pour Fel d 1 (P <.05), mais pas de corrélation entre CDE et Fel d 5 et α-Gal.

- Conclusion :

  • Les IgE pour α-Gal sont responsables de diagnostics d’allergie erronés chez les patients parasités.
  • Le dépistage des IgE pour Fel d 1 et d’autres allergènes sans carbohydrates pourrait identifier les patients présentant une vraie sensibilisation/allergie au chat dans les zones infestées de parasites.

L’alpha-gal est présent dans les tissus des mammifères non primates.

Les auteurs de l’étude du jour avaient récemment montré que les IgE se liant à Fel d 5 se fixaient sur des épitopes alpha-Gal.

En zone parasitaire, les auteurs montrent que la positivité de tests d’IgE-réactivité pour Fel d 5 via les épitopes alpha-Gal peuvent induire des diagnostics erronés d’allergie au chat.

Seuls les tests vis-à-vis d’allergènes non glycosylés, comme Fel d 1, sont susceptibles de dépister une vraie sensibilisation/allergie au chat en zone d’endémie parasitaire.

En plein débat sur la pertinence clinique des déterminants carbohydrates, T.Platt-Mills avait publié (J Allergy Clin Immunol. 2008 Dec 11) une étude rapportant que le cetuximab, un anticorps monoclonal, avait été à l’origine d’anaphylaxies sévères chez plusieurs patients, par ailleurs allergiques à certaines viandes.

Une étude publiée en 2009 (J Allergy Clin Immunol 2009 ; 123 (2) : 426-33) avait suggéré que des Ac spécifiques du galactose-alpha-1,3 galactose (alpha-gal) sont capables de provoquer des réactions sévères (semi-retardées) après consommation de viandes (bœuf, agneau ou porc mais pas dinde, poulet ou poisson).

L’étude de Van Nunen et al (Med J Australia, 2009) a rapporté l’association entre des morsures d’une tique (Ixodes holocyclus) et l’allergie à la viande rouge, les tiques pouvant véhiculer des antigènes d’animaux qu’ils auraient mordus auparavant.

L’étude du jour attire notre attention sur une autre conséquence fâcheuse des déterminants glucidiques, celle de pouvoir faire porter à tort le diagnostic d’allergie au chat en zone parasitaire. D’où l’importance de tester rFel d 1, allergène non soumis à une réactivité CCD…