Les pollens dehors sont plus forts qu’en chambre.

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Les pollens dehors sont plus forts qu’en chambre.

Les pollens dehors sont plus forts qu’en chambre.

lundi 26 mai 2014, par Dr Alain Thillay

Effets des facteurs de confusion sur la réponse aux pollens durant la saison pollinique naturelle comparée à un test de provocation en chambre à pollens. : Robert L. Jacobs, Nathan Harper, Weijing He, Charles P. Andrews, Cynthia G. Rather, Daniel A. Ramirez, Sunil K. Ahuja

dans The Journal of Allergy and Clinical Immunology - May 2014 (Vol. 133, Issue 5, Pages 1340-1346.e7, DOI : 10.1016/j.jaci.2013.09.051)

-  - Contexte :

  • La sévérité de la symptomatologie de la rhinoconjonctivite allergique ( RA) apparaissant après l’exposition aux pollens, en l’absence ou en présence de facteurs de confusion, c’est-à-dire, dans une chambre de provocation à pollens et lors de la saison de pollinisation naturelle, respectivement, peut différer.

-  - Objectif :

  • Nous avons cherché à déterminer la corrélation de la sévérité de la RA avec la saison naturelle de pollinisation et avec l’exposition en chambre à pollens hors saison pollinique.

-  - Méthodes :

  • Vingt-quatre patients positifs au chêne de Virginie, 14 négatifs à ce même chêne, 16 positifs à la sabine (montain cedar, Juniperus ashei), 8 négatifs à cette sabine et 26 participants positifs à l’ambroisie ont enregistré les symptômes de leur rhinoconjonctivite allergique (score symptomatique totale [TSS]) au cours des saisons polliniques du chêne de Virginie, de la sabine et de l’ambroisie et lors de deux expositions consécutives de 3 heures en chambre à ces pollens séparément.

-  - Résultats :

  • Les TSS enregistrés avant la saison pollinique naturelle étaient plus élevés que les valeurs avant test de provocation en chambre à pollens.
    -  -* Ces pré-enregistrements étaient plus élevés chez les participants positifs au chêne de Virginie que chez ceux positifs à la sabine, et, durant la saison pollinique du chêne de Virginie les scores du TSS étaient moins importants.
    -  -* Les participants non atopiques ne réagissaient pas en chambre à pollens.
    -  -* Il y avait de grandes variations dans le niveau de la symptomatologie de la RA après exposition aux pollens de chêne de Virginie, de sabine ou d’ambroisie en chambre à pollens.
    -  -* Les pré-enregistrements formaient la base pour des réponses plus importantes de la RA en saison pollinique naturelle qu’en chambre à pollens, conduisant à l’identification de différents endophénotypes chambre à pollens/saison naturelle et à une corrélation partielle entre les TSS enregistrés en saison naturelle par rapport à ceux enregistrés dans la chambre à pollens (r = 0,34 , 0,54 et 0,65 pour les patients positifs pour chêne de virginie, sabine et ambroisie, respectivement).

-  - Conclusions :

  • Les enregistrements des scores TSS avant la saison de pollinisation naturelle peut masquer la véritable corrélation entre la sévérité de la rhinoconjonctivite allergique lors de la saison naturelle comparativement à la chambre à pollens.
    -  -* En atténuant les facteurs de confusion, l’exposition en chambre à pollens présente un intérêt pour l’évaluation de nouveaux traitements de la rhinoconjonctivite allergique.

En allergologie comme en toute autre discipline médicale le niveau de preuves de l’efficacité d’un traitement est un point crucial. Encore plus lorsqu’il s’agit de comparer les résultats de différentes études, les critères doivent être homogènes, pertinents, reproductibles.

Pour cette raison, lors de l’analyse des publications, il est naturel de faire la chasse aux biais mais aussi aux facteurs de confusion.

Ainsi, l’étude statistique entre un facteur –ici la pollinisation- et l’affection –ici la rhinoconjonctivite allergique- ne peut pas se limiter à tester et quantifier l’association.

Dans ce travail, les facteurs de confusion sont représentés par la variabilité de la pollinisation globalement mais aussi en fonction de la nature du pollen.

Dans les études de mesure de l’efficacité d’une immunothérapie allergénique pollinique, il est nécessaire de tenir compte de la saison pollinique tant du point de vue quantitatif que chronologique ; autant de facteurs de confusion.

Ici, dans cette étude d’origine américaine de San Antonio dont l’équipe de chercheurs dispose de chambres à pollens, le but était d’évaluer le rôle des facteurs de confusion inhérents au caractère multifactoriel de la pollinisation naturelle sur la sévérité de la symptomatologie de la rhinoconjonctivite allergique.

Pour cela, ils ont comparé les scores cliniques avant et durant les saisons polliniques et avant et durant un test de provocation en chambre à pollens, ces derniers tests pratiqués hors saison pollinique.

Différents groupes de patients ont été constitués, ceux allergiques aux pollens du chêne de Virginie, ceux allergiques aux pollens de sabine et ceux allergiques aux pollens d’ambroisie.

En outre, des groupes de témoins non allergiques ont également été formés.

Sans revenir sur les détails des résultats résumés ici, le facteur de confusion ici est dû au fait que les scores cliniques avant la saison pollinique sont déjà élevés ce qui risque de rendre difficile l’interprétation des scores cliniques durant la saison pollinique naturelle.

Alors même, qu’hors saison, les tests en chambre à pollens ne sont pas « parasités » par des pré-scores élevés.

D’autant plus que les scores pré-saisonniers élevés commandent des scores élevés durant la saison pollinique.

Ces variabilités des scores en pré et per-saisonniers, pour ce qui concerne la pollinisation naturelle et l’exposition en chambre à pollens conduisent les auteurs à évoquer l’existence de différents endophénotypes (phénotypes qui ne participent à l’adaptation au milieu environnemental).

Les auteurs de conclure que pour limiter les facteurs de confusion dans l’évaluation de sévérité de la rhinoconjonctivite allergique, il est nécessaire de recourir à des tests de provocation en chambre à pollens en dehors de la saison pollinique.

Il est sûr que dans notre domaine allergologique la mise en évidence des preuves de l’efficacité d’une immunothérapie allergénique pollinique, par les résultats de tests de provocation en chambre à pollens, prêterait beaucoup moins à discussion.