TPO à l’arachide négatif : dur, dur, l’enfant n’en fait qu’à sa tête !!

lundi 5 janvier 2015 par Dr Stéphane Guez774 visites

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TPO à l’arachide négatif : dur, dur, l’enfant n’en fait qu’à sa tête !!

TPO à l’arachide négatif : dur, dur, l’enfant n’en fait qu’à sa tête !!

lundi 5 janvier 2015, par Dr Stéphane Guez

Echec des réintroductions après un test de provocation négatif à l’arachide chez les enfants. : vanErp FC, Boot J, Knulst AC, Pasmans SGM, van derEnt CK, Meijer Y.

Reintroduction failure after negative peanut challenges in children.

dans Pediatr Allergy Immunol 2014 : 25 : 580–585.

- Introduction :

  • Un test de réintroduction alimentaire négatif réalisé en double aveugle contre placebo devrait normalement conduire à la réintroduction de l’aliment dans le régime quotidien de l’enfant.
  • Cependant, il y a un échec de cette reprise alimentaire dans un sous groupe d’enfants.
  • Les problèmes de reprise alimentaire pourraient être dus à un refus de reprendre un aliment qui a été longtemps évité, ou à d’autres facteurs psychologiques ou comportementaux ou à des TPO faussement négatifs.
  • Ce travail analyse la fréquence, les causes et les facteurs de risque d’un échec d’une réintroduction chez des enfants après un TPO négatif.

- Matériel et Méthode :

  • Il s’agit d’une étude rétrospective chez des enfants ayant eu un TPO négatif à l’arachide.
  • Durant le suivi après le TPO, les parents ont été systématiquement interrogés sur le régime alimentaire actuel, les symptômes et les problèmes liés à la réintroduction, ainsi que les réactions liés à l’arachide durant la période de reprise de l’aliment.
  • Une réintroduction réussie a été définie comme conduisant à remanger régulièrement de l’arachide ou des produits contenant de l’arachide.

- Résultats :

  • Un suivi a été réalisé chez 103 enfants ayant un TPO à l’arachide négatif.
  • Chez 70 enfants (68%) la réintroduction a été un succès :
    • 54 enfants tolèrent l’arachide,
    • 16 enfants tolèrent des traces d’arachide.
  • La reprise de l’aliment a été un échec chez 33 enfants (32%).
  • Le refus alimentaire (45%) et des symptômes liés à la reprise de l’arachide (33%) sont les raisons les plus souvent rapportées.
  • Les facteurs de risque d’un échec de la reprise alimentaire sont :
    • une régime d’éviction de plus de 3 autres aliments (p = 0.019),
    • un temps d’éviction long de l’arachide (p = 0.048)
    • et enfin des symptômes liés à la reprise de l’arachide à la maison (p = 0.002).

- Conclusion :

  • L’échec de la reprise alimentaire après un TPO négatif à l’arachide est un problème fréquent chez les enfants.
  • Afin de guider cette reprise alimentaire et d’identifier les symptômes potentiels liés à la reprise de l’arachide à domicile, un suivi attentif doit être fait après un TPO négatif.
  • Si des symptômes surviennent ou persistent, le résultat du TPO doit être reconsidéré.

Dans ce travail rétrospectif les auteurs ont chiffré les échecs d’une reprise alimentaire de l’arachide à domicile après un TPO négatif.

32% des enfants sont concernés, avec principalement 2 causes : le refus alimentaire persistant de l’enfant vis-à-vis de l’arachide et la réapparition de symptômes lors de la reprise alimentaire.

Ce travail clinique est très intéressant et vient confirmer des observations faites par tous les allergologues qui font des TPO.

Il y a 2 problèmes bien mis en évidence par cet article.

Le premier est que vu par le médecin, un TPO négatif est une délivrance et sera suivi par une reprise joyeuse de l’aliment longtemps évité. En réalité, un TPO négatif ne conduira pas automatiquement à une reprise facile d’un aliment qui a été longtemps évité car considéré comme potentiellement très dangereux aussi bien par les parents que par les enfants concernés.

Dans de nombreux centres d’ailleurs, avant la réalisation d’un TPO il est demandé aux parents si, en cas de test négatif, ils réintroduiront l’aliment (et, si l’enfant est suffisamment grand la question lui est directement posée). En cas de refus, le TPO n’est pas pratiqué, car il s’agit d’un test coûteux qui va s’avérer inutile. Mais le report de ce test doit probablement être suivi d’une prise en charge psychologique afin de préparer à cette réintroduction.

Le deuxième problème soulevé est le TPO faussement négatif. Il a été souligné, mais parfois oublié, que les conditions du TPO ne sont pas réalistes : la réintroduction est progressive, une prise trop fractionnée pouvant s’apparenter à un mini protocole d’induction de tolérance, dans des conditions anormales : repos de l’enfant, pas de prise alimentaire concomitante.

Ce travail montre que dans 33% des cas, il y aura de symptômes à la maison après reprise d’arachide malgré un TPO négatif. Un TPO doit donc impliquer un suivi très contrôlé pour être certain qu’à la maison il n’y aura pas de problème, et il faut probablement bien guider la surveillance des parents puisque le TPO peut être pris en défaut dans un nombre non négligeable de cas.

Ce travail doit nous conduire à intégrer le TPO de façon plus large dans une prise en charge psychologique de réadaptation à la reprise alimentaire d’un aliment anciennement dangereux et doit également conduire à améliorer ou modifier les conditions du TPO pour le rendre plus réaliste avec moins de faux négatifs.