Chat oui, rat non.

mercredi 21 janvier 2015 par Dr Céline Palussière1166 visites

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Chat oui, rat non.

Chat oui, rat non.

mercredi 21 janvier 2015, par Dr Céline Palussière

Posséder un animal domestique est associé à un risque augmenté d’asthme non atopique et un risque réduit d’atopie dans l’enfance : données d’une cohorte britannique. : S. M. Collin, R. Granell, C. Westgarth, J. Murray, E. Paul, J. A. C. Sterne and A. John Henderson,

dans Clinical & Experimental Allergy, 2015 (45) 200–210.

- Contexte :

  • Des études ont mis en évidence une relation inverse entre la possession d’un animal domestique avec l’allergie, mais des données ne sont pas concluantes concernant l’asthme.

- Objectif :

  • Il s’agissait d’étudier si la possession d’un animal domestique pendant la grossesse et l’enfance était associée avec l’asthme et l’atopie à l’âge de 7 ans, dans une étude de cohorte de naissance au Royaume Uni.

- Méthodes :

  • Les données de l’ALSPAC (Étude longitudinale de l’Avon sur les parents et les enfants) ont été utilisées.
  • L’étude portait sur l’association entre la possession d’un animal domestique à six moments entre la grossesse à l’âge de 7 ans, avec l’apparition d’un asthme, de l’atopie (prick-tests positifs pour les pollens, les acariens, les poils de chat), et l’asthme atopique ou non atopique à l’âge de 7 ans.
  • Des modèles de régression logistique ajustés sur le sexe de l’enfant, l’histoire maternelle d’asthme ou d’atopie, le tabagisme maternel pendant la grossesse et les problèmes familiaux ont été utilisés.

- Résultats :

  • Au total 3768 enfants ont fourni des données complètes sur la possession d’un animal domestique, l’asthme et l’atopie.
  • Par comparaison avec le fait de ne pas avoir d’animal, la possession continue d’un animal quel qu’il soit (avant et après l’âge de 3 ans) était associée avec un risque diminué de 52% d’asthme atopique [odds ratio (OR) 0.48, 95% CI 0.34–0.68].
  • La possession d’un animal tendait à être associée à un risque augmenté d’asthme non atopique, en particulier pour les lapins (OR 1.61, 1.04–2.51) et pour les rongeurs (OR 1.86, 1.15–3.01), en comparant la possession continue par rapport au fait de ne pas en avoir.
  • La possession des animaux domestiques était significativement associée à un risque moindre de sensibilisation aux pollens de graminées, aux acariens domestiques et aux allergènes de chat, mais la possession de rongeurs était associée à un risque augmenté de sensibilisation aux allergènes de rongeurs.
  • Les effets différentiels de la possession des animaux sur l’asthme atopique et non atopique sont prouvés pour tous les types d’animaux.

- Conclusions :

  • La possession d’un animal domestique pendant la grossesse et l’enfance dans cette cohorte de naissance était associée de façon significative avec un risque réduit de sensibilisation aux aéroallergènes et d’asthme atopique à l’âge de 7 ans, mais tendait à être associée (en particulier pour les lapins et les rongeurs) avec un risque augmenté d’asthme non atopique.
  • Les effets opposés sur l’asthme atopique et non atopique devraient être pris en compte par les parents lorsqu’il décident d’acquérir ou non un animal domestique.

Selon les études, les données sont parfois contradictoires pour savoir si avoir un animal familier constitue un facteur de risque ou de protection vis à vis de la survenue de pathologies atopiques.

Cet articles repose sur les données d’une étude de cohorte portant sur près de 4000 enfants britanniques. Leur statut atopique et l’asthme étaient analysés en fonction de la possession ou non d’animal domestique par les parents, entre la grossesse et les trois ans de l’enfant.

Le statut atopique était défini par la positivité à au moins un prick test aux acariens, poils de chat ou pollens de graminées. L’asthme était aussi classé en asthme atopique ou non.

Chez les enfants qui avaient été en contact pendant leur petite enfance avec un animal familier, le risque d’asthme atopique était diminué par deux en moyenne. Ces enfants présentaient significativement moins de sensibilisations allergiques. On observait en revanche un peu plus d’asthme non allergique, notamment dans les familles possédant des lapins ou des rongeurs.

Ces données sont donc un peu surprenantes : avoir un animal protégerait globalement contre les allergies et contre l’asthme allergique, mais serait plutôt favorisant pour l’asthme non allergique (bien que l’odds ratio ne soit pas si élevé : 1,8 au maximum pour les rongeurs).

Comment peut-on expliquer ces résultats ? En ce qui concerne l’effet protecteur, on voit qu’une fois les facteurs confondants éliminés, l’exposition très précoce aux allergènes animaux est plutôt en faveur d’une acquisition de tolérance.

Pourrait-on extrapoler les connaissances actuelles sur la tolérance aux protéines alimentaires, qui sont mieux tolérées lorsqu’elles sont introduites pendant la fameuse « fenêtre d’acquisition de tolérance » ?

En ce qui concerne l’effet plutôt délétère de l’exposition aux rongeurs et lapins, responsable d’asthme non associé à des allergies, peut être faut-il y voir l’influence des cofacteurs non spécifiques. En effet, puisque la réaction inflammatoire ne semble pas liée à une sensibilisation allergique, on peut supposer une stimulation du système immunitaire inné, avec libération de médiateurs pro-inflammatoires au niveau des voies respiratoires.

En pratique... il m’a toujours semblé que les rongeurs ne devraient pas être considérés comme des animaux familiers !