Le sport serait-il mauvais pour le nez des enfants allergiques ? C’est pas de peau !

lundi 7 décembre 2015 par Dr Philippe Carré452 visites

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Le sport serait-il mauvais pour le nez des enfants allergiques ? C’est pas de peau !

Le sport serait-il mauvais pour le nez des enfants allergiques ? C’est pas de peau !

lundi 7 décembre 2015, par Dr Philippe Carré

Les activités sportives augmentent la prévalence des symptômes de rhinite chez les enfants scolarisés. : Takashi Kusunoki1,*, Jiro Takeuchi2, Takeshi Morimoto3, Mio Sakuma3, Kumiko Mukaida4, Takahiro Yasumi5, Ryuta Nishikomori5 andToshio Heike5
DOI : 10.1111/pai.12516

dans Vol. 26 Issue 7
Pediatric Allergy and Immunology

- Contexte :

  • Evaluer l’association entre les activités sportives et les symptômes allergiques, en particulier la rhinite, chez les enfants scolarisés.

- Méthodes :

  • Cette étude longitudinale d’enfants scolarisés a collecté les données provenant de questionnaires concernant les symptômes allergiques, basées sur le programme International d’Etude de l’Asthme et des Allergies chez l’Enfant (ISAAC), et la participation sportive ; ces questionnaires étaient distribués aux parents des enfants scolarisés dans toutes les 12 écoles primaires publiques de la ville de Ohmi-Hachiman, préfecture de Shiga, au Japon
  • Les données étaient recueillies de façon annuelle de 2011 à 2014, quand les enfants arrivaient à l’âge de 10 ans
  • Des échantillons sanguins ont été obtenus en 2014, et les taux d’IgE spécifiques étaient mesurés vis à vis de Quatre allergènes inhalés.

- Résultats :

  • Les données de 558 enfants ont été analysées
  • A 10 ans, la prévalence de l’asthme et de l’eczéma n’étaient pas significativement différentes, alors que la rhinite étaient significativement plus élevée (p=0.009), chez les enfants qui participaient aux activités sportives
  • La prévalence de la rhinite augmentait avec la fréquence ou la durée des sports (p<0.01)
  • La prévalence de la rhinite à début récent augmentait de façon significative chez les enfants âgés de 10 ans avec l’augmentation de la durée des activités sportives (p=0.03)
  • Parmi les enfants qui participaient à des activités sportives continues, la prévalence de la rhinite était significativement plus élevée en cas d’eczéma prolongé (p=0.006)
  • Les activités sportives n’augmentaient pas la sensibilisation aux allergènes inhalés.

- Conclusions :

  • Les activités sportives augmentent la prévalence de la rhinite chez les enfants scolarisés
  • Un eczéma prolongé, en même temps que la participation à des activités sportives, augmente encore plus les symptômes
  • Les mécanismes de ces nouvelles données nécessitent d’autres investigations.

Cette étude japonaise, réalisée chez 558 enfants de 10 ans scolarisés en école primaire, s’est intéressée à la prévalence des symptômes allergiques en fonction de la pratique ou non d’activités sportives.

Les résultats montrent que le fait de participer à des activités sportives à l’école n’a pas d’effets particuliers sur les symptômes d’asthme ou d’eczéma, mais augmente significativement la prévalence des symptômes de rhinite, en particulier l’apparition de nouveaux symptômes, pendant les 4 ans de l’étude. Cette prévalence est corrélée à la fréquence et l’intensité de la pratique sportive.

L’explication pourrait en être une exposition plus importante aux allergènes inhalés, notamment aux pollens, ou une stimulation non-allergique de la muqueuse nasale à l’effort par des particules toxiques (diesel ou autres), ou les deux associées.

Par ailleurs, la prévalence de la rhinite était plus importante en cas d’eczéma associé, mais seulement chez les enfants ayant une pratique continue du sport ; ce qui ne peut pas être expliqué par une augmentation de la sensibilisation percutanée puisque les taux de sensibilisation aux pneumallergènes étaient identiques dans tous les groupes quel que soit le niveau d’activité ; peut-il y avoir une rupture de la barrière cutanée à l’effort liée à l’eczéma, avec passage d’allergènes qui faciliteraient une inflammation nasale spécifique ou non ? Les études restent à faire.

Il n’est pas question de demander à ces enfants de ne pas faire de sport ! Mais il faudrait peut-être rester vigilant quant à la survenue de symptômes nasaux, de façon à adapter les traitements et peut-être éviter au maximum l’exposition allergénique dans ces cas-la ; la prise en charge adaptée des lésions cutanées en cas d’eczéma pourrait aussi permettre de diminuer la survenue des symptômes de rhinite à l’effort.

Les mécanismes reliant ces données nasales (et cutanées) à l’effort nécessitent des travaux complémentaires, à la fois épidémiologiques et physiopathologiques.