Apiculture et risque d’allergie au venin d’abeille : la fin d’idées reçues !!

vendredi 24 novembre 2006 par Dr Stéphane Guez8958 visites

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Apiculture et risque d’allergie au venin d’abeille : la fin d’idées reçues !!

Apiculture et risque d’allergie au venin d’abeille : la fin d’idées reçues !!

vendredi 24 novembre 2006, par Dr Stéphane Guez

L’apiculture est considérée comme un moyen très sûr de développer une allergie au venin d‘abeille. Mais quel est réellement ce risque par rapport à une population normale ? Y a-t-il des facteurs de risque prédictifs d’une sensibilisation chez ces patients bien particuliers ?

Profil de sensibilisation au venin d’abeille chez des apiculteurs : étude prospective sur 5 ans. : Kalogeromitros, Dimitrios ; Makris, Michael ; Gregoriou, Stamatis ; Papaioannou, Dimitrios ; Katoulis, Alexandros ; Stavrianeas, Nicholaos G.

dans Allergy and Asthma Proceedings, Volume 27, Number 5, September-October 2006, pp. 383-387(5)

- Introduction :

  • Les apiculteurs ont un risque accru de développer une allergie au venin d’abeille et ils représentent une population très intéressante pour réaliser des études sur le venin d’abeille.

- Objectif de l’étude :

  • Le but de ce travail prospectif a été :
    • d’examiner le profil de sensibilisation au venin d’abeille d’une population de nouveaux apiculteurs sur une période de 5 ans,
    • et de définir des facteurs possibles prédisposants.

- Matériel et méthode :

  • 35 apiculteurs ont été testés tous les 6 mois pendant 5 ans, à la fois in vivo et in vitro, pour dépister le développement d’une éventuelle sensibilisation au venin d’abeille et au venin de guêpe.
  • Les critères d’inclusion comportaient :
    • une absence d’antécédent de travail apicole auparavant,
    • et l’absence de sensibilisation ou d’allergie au venin d’hyménoptère.
  • Les patients ayant à la fois des tests positifs in vivo et in vitro définitivement positifs ou avec un test définitivement positif et l’autre douteux ont été considérés comme sensibilisés.

- Résultats :

  • 10 des 35 apiculteurs (28.6%) et 3 des 36 patients contrôles (8.3%) ont développé une sensibilisation au venin d’abeille durant cette période de 5 ans.
  • L’incidence du risque de développement d’une sensibilisation est de 3.43 (CI 95% : 1.03-11.42).
  • Tous les patients apiculteurs sensibilisés ont été dépistés dans les 18 premiers mois de leur activité professionnelle, 8 sur 10 (80%) ont été dépistés pendant les 12 premiers mois et les 2 autres entre le 12ème et le 18ème mois.
  • Un sur 35 (2.9%) apiculteur et 1 patient sur les 36 témoins (2.8%) sont sensibilisés au venin de guêpe.
  • Le nombre de piqûres par an et la présence d’un terrain atopique n’ont pas d’influence sur la fréquence de la sensibilisation.

- Conclusion :

  • Bien que des facteurs prédisposant de la sensibilisation ou de l’anaphylaxie n’ont pas été démontrés, les apiculteurs ont développé une sensibilisation au venin d’abeille dans les 18 premiers mois

Dans ce travail prospectif, les auteurs démontrent que la sensibilisation au venin d’abeille chez des apiculteurs survient dans les 18 premiers mois de cette activité professionnelle.

Par rapport à une population témoin, le risque de développer une allergie est multiplié par 3.43 sans autre facteur de risque.

Ce travail est très intéressant car il va contre nombre d’idées reçues.

En effet, il est fréquent de considérer l’apiculture comme un métier très à risque de développer une allergie au venin d’abeille. En réalité, ce risque est multiplié par 3.43 par rapport à une population témoin.

De façon très curieuse, le nombre de piqûres n’est pas un facteur de risque dans cette étude, de même que la présence d’un terrain atopique (par contre, on sait depuis quelques années que l’atopie est indépendante du risque de développer une allergie à l’abeille, mais elle était considérée comme un facteur de risque de gravité potentielle).

De plus, la sensibilisation semble apparaître très vite dans la première année puis ensuite elle ne se manifeste pas : c’est-à-dire que si l’on doit développer une allergie, c’est la première année ou pas du tout.

Ce dernier résultat est un peu curieux car il va contre nombre de cas cliniques rencontrés dans notre pratique allergologique. Mais il faut dire que nous avons plus souvent affaire à des apiculteurs amateurs qu’à de véritables apiculteurs professionnels.

En conclusion, il est possible de proposer à des patients ou dans le cadre de la médecine du travail, une surveillance durant la première année du risque de sensibilisation par des tests in vivo et in vitro, tests qui deviennent ensuite inutiles chez les patients négatifs au bout d’une année.

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