Aulne et sous-bois !

lundi 21 janvier 2008 par Dr Hervé Couteaux1985 visites

Accueil du site > Allergènes > Aériens > Pollens > Aulne et sous-bois !

Aulne et sous-bois !

Aulne et sous-bois !

lundi 21 janvier 2008, par Dr Hervé Couteaux

La pollinose due aux arbres appartenant à l’ordre des Fagales est un problème important en Europe, spécialement en Europe du Nord pour le bouleau ; mais les Fagales ont des représentants un peu partout à travers le monde, et notamment au Japon. Plus qu’au bouleau, c’est à l’aulne que l’on s’est intéressé dans cette étude...

Corrélations entre les IgE spécifiques liées à l’aulne et les IgE spécifiques de pollens d’arbres liés à l’aulne par la méthode des RAST. : Maeda Y, Ono E, Fukutomi Y, Taniguchi M, Akiyama K.

Clinical Center of National Hospital Organization Sagamihara Hospital, Kanagawa, Japan.

dans Allergol Int. 2008 Mar 1 ;57(1):1-20

- Contexte :

  • Au Japon, les bouleaux poussent dans des zones limitées et leur pollen n’est pas un aéroallergène commun.
  • Cependant de nombreux patients ne vivant pas dans les zones concernées ont des RAST positif aux pollens de bouleau.
  • On n’en déduit qu’être sensibilisé à d’autres pollens d’arbres, étroitement reliés au bouleau peut entraîner l’apparition d’IgE spécifiques au bouleau.
  • L’aulne est un de ces arbres et était abondant dans le passé au Japon.
  • Mais il n’existe pas de données disponibles concernant les RAST pour se qui est des corrélations entre l’aulne et les arbres reliés à l’aulne.

- Méthodes :

  • nous avons mesuré le niveau d’IgE spécifiques vis-à-vis de l’aulne (CAP-RAST, Phadia) dans des sera stockés qui avaient un RAST positif au bouleau (228 échantillons) au hêtre (36 échantillons), au chêne (152 échantillons) et au cèdre (411 échantillons) et nous avons examiné les corrélations entre les RAST à l’aulne et aux autres arbres.

- Résultats :

  • la valeur du coefficient de corrélation du boulot était très élevée (0.971).
  • les valeurs des coefficients de corrélation du hêtre et du chêne étaient élevées (respectivement 0.884 et 0.895) mais été légèrement plus faible que ceux du bouleau.
  • cela signifie qu’en termes d’allergénicité, le pollen de bouleau est pratiquement identique à celui de l’aulne, tandis que les pollens de hêtre et de chêne diffèrent partiellement de celui de l’aulne.

- Conclusions :

  • pour la synthèse d’anticorps IgE, les Japonais répondent de la même manière aux pollens d’aulne et de bouleau.
  • en pratique clinique un RAST positif à l’aulne a la même signification qu’un RAST positif au bouleau.

La conclusion de cette étude japonaise vient corroborer les principales données dont nous disposons en Europe, à savoir une certaine homogénéité de l’allergénicité des pollens de Fagales.

Les auteurs concluent qu’un RAST positif à l’aulne a la même signification qu’un RAST positif au bouleau.

Il est en effet couramment admis que les pollens des différents arbres de l’ordre des Fagales se comportent d’une manière assez homogène du point de vue de l’allergénicité, il est de même admis que Bet v 1 soit le marqueur d’une telle pollinose.

Ines Swoboda, lors du congrès européen de Vienne en 2006 (EAACI 2006) nous rappelait quelques notions de base concernant les arbres des Fagales :

  • Les arbres de l’ordre des Fagales représentent une source majeure d’allergènes dans l’hémisphère nord.
  • La dimension de leurs pollens est d’environ 25 microns.
  • Il y a une forte homologie de séquence et des IgE-réactivités croisées fréquentes entre les allergènes des différentes espèces.

Parmi les représentants de l’ordre des Fagales :

  • L’aulne glutineux, Alnus glutinosa (Alder).
  • Le noisetier, Corylus avellana (Hazel).
  • Les chênes, et parmi eux, le chêne blanc, Quercus alba (White oak).
  • Le châtaignier, Castanea sativa (Chestnut).
  • Le bouleau, Betula verrucosa (Birch).
  • Le charme, Carpinus betulus (Hornbeam).

Les allergènes homologues de Bet v 1 sont regroupés au sein de la famille des Bet v 1-like ou PR-10.

Ces allergènes sont à l’origine d’un des syndromes les plus classiques de réactivités croisées. Initialement décrit entre le pollen de bouleau et la pomme, ce syndrome englobe la plupart des fruits des Rosaceae et quelques autres produits allergéniques végétaux dont l’arachide.

Henri Malandain faisait le point dans ces colonnes sur les communications concernant ce sujet à l’occasion du congrès de San diego (AAAAI 2007) :

  • Les protéines Bet v 1-like montrent un grande hétérogénéité de positivité : si Cor a 1 (noisetier) et Aln g 1 (aulne) étaient logiquement positifs chez 50 à 75 % des sujets Bet v 1 positifs, et s’il en était de même pour Mal d 1 (pomme), peu de sujets réagissaient à Api g 1 (céleri) et encore moins à Dau c 1 (carotte).
  • Cette disparité s’expliquant par la présence d’isoformes multiples pour un même allergène dans cette famille de protéines PR-10 : certaines isoformes sont plus IgE-réactives que d’autres du fait de la présence d’épitopes conformationnels très dépendants de la présence de tel ou tel acide aminé ; de ce fait, l’échange d’un seul acide aminé au niveau d’un épitope peut jouer sur l’IgE-réactivité de l’allergène entier. Cette particularité vient s’ajouter à l’identité séquentielle plus faible entre Bet v 1 et Dau c 1 ou Api g 1 contrairement à Mal d 1, par exemple.

Nul doute que cet abord moléculaire de l’allergologie nous permettra de comprendre de mieux en mieux le statut allergique de nos patients et donc de mieux les soigner.