Qui a peur de l’arachide ?

mardi 27 janvier 2015 par Dr Bertrand Lovato300 visites

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Qui a peur de l’arachide ?

Qui a peur de l’arachide ?

mardi 27 janvier 2015, par Dr Bertrand Lovato

Diagnostic et éviction de l’arachide dans la fratrie des enfants allergiques à l’arachide. : E. Lavine, A. Clarke, L. Joseph, G. Shand, R. Alizadehfar, Y. Asai, E. S. Chan, L. Harada, M. Allen and M. Ben-Shoshan,

dans Clinical & Experimental Allergy, 2015 (45) 249–254.

- Prérequis :

  • Les études suggèrent que la fratrie des enfants allergiques à l’arachide a une plus grande prévalence d’allergie à l’arachide que la population générale.

- Objectifs :

  • Le registre canadien d’allergie à l’arachide a été utilisé pour évaluer le pourcentage de frères et sœurs selon les indices :
    • 1- jamais exposé à l’arachide ou
    • 2- allergie à l’arachide diagnostiquée par un médecin soit dans ses antécédents soit par un test de confirmation.
  • Les facteurs sociodémographiques et cliniques qui pouvaient être associés ont été évalués.

- Méthodes :

  • Les parents ont rempli un questionnaire sur les caractéristiques sociodémographiques, l’exposition et la réaction de frères et sœurs à l’arachide, des tests de confirmation ont été effectués.

- Résultats :

  • Des 932 familles du registre, 748 familles ont répondu, ce qui représente 922 frères et sœurs.
  • 13,6% des frères et sœurs n’avaient jamais été exposés à l’arachide, dont 70,4% (n=88) sont nés après l’enfant indice.
  • Près de 9% de la fratrie (80) ont été signalés comme allergiques à l’arachide mais près de la moitié de ce groupe n’avait aucun antécédent de réaction allergique à l’arachide, dont 5 enfants qui n’avaient pas de tests pour confirmer cette allergie.
  • Parmi ces 5 enfants, 4 enfants sont nés après le diagnostic d’allergie à l’arachide chez l’enfant indice.
  • Dans une analyse de régression multivariée des frères et sœurs âgés d’au moins 3 ans, ceux qui sont nés après le diagnostic d’allergie à l’arachide chez l’enfant indice étaient plus susceptibles de n’avoir jamais été exposés à l’arachide.
  • Dans une analyse univariée, les frères et sœurs nés après le diagnostic d’allergie à l’arachide de l’enfant indice étaient plus susceptibles d’être diagnostiqués allergiques à l’arachide sans antécédent ou test de confirmation.

- Conclusion :

  • Ces données estiment que plus de 10% des frères et sœurs de patients allergiques à l’arachide éviteront l’arachide, et que les frères et sœurs nés après le diagnostic d’allergie à l’arachide chez l’enfant indice sont plus susceptibles de n’être jamais exposés.
  • Des programmes d’éducation de mise en garde contre les évictions inutiles sont nécessaires.

Cette étude canadienne a tenté d’analyser le mode de diagnostic d’allergie à l’arachide et les conduites d’éviction dans la fratrie de patients allergiques à l’arachide. Les patients ont été sélectionnés à partir du registre canadien d’allergie à l’arachide. L’évaluation s’est faite sur questionnaires patients.

Il en ressort que 13,6% des frères et sœurs d’allergiques à l’arachide n’ont jamais été exposés à l’arachide dont 70,4% étaient nés après le diagnostic chez le cas index.

9% de la fratrie a été diagnostiquée comme allergique à l’arachide mais plus de la moitié n’a jamais présentée de réaction allergique à l’arachide et 5 d’entre eux n’ont même jamais eu de tests cutanés de confirmation. A noter que 4 de ces 5 patients sont nés après le diagnostic du cas index.

Des analyses plus poussées montrent que la fratrie née après les sujets index est plus susceptible de n’être jamais exposée à l’arachide et qu’elle était plus susceptible d’être étiquetée allergique à l’arachide et cela sans antécédent de réaction allergique ni tests de confirmation.

Cette étude révèle la peur de l’arachide dans les familles d’allergiques à l’arachide. Quand le diagnostic est posé chez un enfant, les enfants nés après ce cas index vont être souvent exclus de tout contact avec l’arachide, certains seront même « diagnostiqués » allergiques à l’arachide sans test allergologique ni histoire clinique évocatrice.

Les auteurs soulèvent donc l’idée de créer un programme éducatif pour l’entourage des patients allergiques à l’arachide pour leur apprendre les conduites à tenir envers l’arachide dans la fratrie des allergiques. D’autant plus que cette attitude d’éviction systématique va « fabriquer » de réels allergiques par la suite par manque de tolérance allergénique. Il serait en effet de bon ton de développer les programmes d’éducation thérapeutique dans le domaine de l’allergie alimentaire tout comme cela se fait dans l’asthme afin d’apporter les informations utiles aux parents d’enfants allergiques aux aliments.